samedi 29 juin 2013

Madame la présidente


Une femme présidente en Corée est aussi historique qu'un président noir aux États-Unis ou un président issu de l'immigration en France. On pourrait presque se réjouir que depuis le 25 février ce soit une femme qui mène le pays, aux tendances patriarcales et conservatrices. Mais qu'on ne se réjouisse pas trop vite : femme ne veut pas dire féministe ni libéralisation des mœurs (bien au contraire).



   Mme Park Geun-hye est la fille de l'ancien militaire Park Chung-hee, devenu président lors du coup d’État de 1961. Restons à cette date-là.


Que se passe-t-il en 1961 ? La Corée du Sud se remet difficilement de la Guerre de Corée (1950-1953) et en moins de quinze ans d'existence le pays en est déjà à sa Deuxième République. Le marasme économique est à son comble : la petite République peine à reconstruire les dégâts de la précédente guerre, son PIB est comparable à celui des pays africains et les gouvernements qui se succèdent trempent tous dans la corruption. La situation semble toucher le fond quand on sait que les Américains, déployés au Vietnam depuis 1959, sont incapables de soutenir la Corée du Sud et que la Corée du Nord se développe à vitesse grand V grâce au soutien de la Chine et de l'URSS. C'est là que papa Park entre en scène et prend le pouvoir par un coup d’État. Encore aujourd'hui les Coréens qui ont connu les mandats de Park Chung-hee (1963-1979, ce qui fait près de 5 élections gagnées d'affilée) restent convaincus de sa légitimité de chef d’État. Malgré une politique brutale, il faut dire que papa Park a relevé l'économie du pays qui était plus bas que terre pour en faire un pays riche, industrialisé qui trône aujourd'hui en 15em place des puissances mondiales.

   Il va sans dire que Mme Park a été élue en tant "fille de". L'espoir général qui réside en elle est la création d'un deuxième "Miracle du Fleuve Han", en mémoire de la fulgurante  progression économique impulsée par son père. Donc forcément les Coréens ont vite associé le nom "Park" avec "vie prospère et riche". Mais plus on y regarde, et moins on y voit une madame Park aux intentions bien trempées comme le suggérerait son surnom de Dame de Fer, mais à la place un pur produit de l'éducation confucianiste. Elle vécut de 12 à 27 ans au palais présidentiel et fût même première dame du pays à la mort de sa mère en 1974. Dans ses discours on entend correctement la dévotion qu'elle porte à son paternel et à son style de vie l'abnégation qu'elle fait au nom du bonheur des citoyens (elle est célibataire et sans enfant, ce qui peut être son choix, mais qui en Corée reste extrêmement marginal). Elle a été élevée dans un contexte particulièrement anticommuniste avec l'assassinat de sa mère par un espion nord-coréen et la politique répressive de son père envers la Corée du Nord. Jusque-là Kim Jong-Eun et Park Geun-hye représentaient les deux inconnus de l'équation des relations entre le Nord et le Sud, mais aujourd'hui il est clair que Mme Park est faite de la même trempe que Mme Thatcher : elle ne laissera rien passer au niveau militaire, question de légitimité oblige.

 



Il en est presque drôle de lire les articles de journaux se réjouissant de l’élection d’une femme à la tête du pays. Stop, on s’arrête ici. Comme écrit un poil plus haut, Park Geun-hee a été élue comme "fille de". Là-bas comme ailleurs, quand on n’a pas les bonnes relations ce n'est même pas la peine d'essayer. Et quand on est une femme, d'autant plus. Dans un pays macho au possible, où être une femme se cantonne à se marier, procréer et avoir un job sans trop d'ambitions, forcément une femme présidente ça détonne. Mais n'oubliez pas que Mme Park est une conservatrice et ses premières mesures ont de quoi étonner. Elle a dépoussiéré une vieille loi de son père (décidément) pour interdire la "surexposition corporelle". En gros, si on se balade en minijupe dans les rues de Séoul, ça fera 35€ d'amende. Comme le dirait Evelyne Thomas, c’est son choix … Park Geun-hye fût pendant près de 14 ans députée du parti conservateur dans la région de Daegu, au sud-est du pays. Pour y avoir moi-même séjourné, on y sent une tension plus forte, un nationalisme certain et un rigorisme visible que l'on ne sent pas à Séoul, bastion des libéraux (Park se retrouvait favorite à Daegu lors des élections présidentielles alors que Séoul avait la faveur du candidat d'opposition Moon Jae-in).

  

Il ne nous appartient pas de dire si elle est une bonne ou mauvaise présidente, ni même si c'est fabuleux qu'elle soit une femme à la tête d'un pays. Mais pour sûr il faudra rester curieux à sa fidélité à la politique paternelle ou voir si elle réussira à imprimer une empreinte personnelle dans le paysage politique local. Car une chose est sûr, son père n'est plus là pour la guider dans une situation qui n'est plus celle de 1961.



crédit photo : agence Yonhap
Article rédigé par Sarah. 

1 commentaire:

  1. A savoir qu'elle est fortement soupçonnée de fraude aux élections présidentielles. Toute la classe politique adverse a demandé haut et fort sa démission à plusieurs reprise. Ce à quoi elle n'a même pas daignée répondre.
    L'été dernier il y avait des manifestations étudiantes à Seoul et Busan pour demander son départ....bref, elle n'est pas très aimée si ce n'est par les classes conservatrices et les personnes âgées nostalgiques de la dictature militaire de son père...vivement le changement^^

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