jeudi 22 août 2013

La diaspora coréenne

   Rares sont les peuples à rester tranquillement chez eux entre leurs frontières. Quant on sait que Londres est devenue la 6ème ville française par le nombre de mangeur de baguette par kilomètre carré, il n'en devient pas plus étonnant de savoir que l'on trouve des coréens jusqu'au Mexique. Après des décennies d'invasions par les royaumes chinois, puis mongols, une annexion japonaise et un gouvernement militaire américain, l'on pourrait se demander pourquoi les coréens ne veulent jouir de leur territoire et de leur patrimoine pour vivre à l'étranger. Bien que chaque migration porte sa propre histoire, on peut essayer de tirer une vue d'ensemble de ces coréens de l'étranger, qui à s'y méprendre, n'ont pas coupé tout liens avec la péninsule.


 Carte de la répartition de la diaspora coréenne dans le monde.


   Jusqu'au début du XXe, la migration coréenne était plus que limitée à cause de l'isolement du pays, de la limitation des moyens technologiques et de la peur de l'Occident. Les premiers coréens à voir par delà l'océan Pacifique sont les élèves des écoles protestantes, installés dans la péninsule depuis peu par des missionnaires. Alors que les missionnaires catholiques envoyés par Paris prêchent la bonne parole en latin, les protestants américains enseignent l'anglais et envoient leurs élèves dans les universités américaines. Ces bilingues de la première heure seront plus tard les aides de camp de l'armée américaine lors du démantèlement du pouvoir japonais sur la péninsule et durant la guerre de Corée. Sans pour autant constituer une vague de migration réelle, ils seront les premiers à ouvrir les échanges entre les États-Unis et la Corée au terme de l'Immigration Act en 1965.
 
   On pourrait croire tout les coréens de l'étranger réfugiés aux États-Unis, mais malgré leur implication dès 1945 dans l'histoire, la barrière de l'Immigration Act, visant notamment à réduire le nombre d'immigrants latinos et asiatiques au profit de population européennes, ne permettra un développement massif de la population coréenne aux USA qu'à partir de 1970. Sans véritable surprise, le plus grand nombre de coréens se trouve en Chine, avec une population de quasiment 2 200 000 habitants.
   Avant de faire l'amalgame entre coréen du Nord et coréen du Sud, il est bon de rappeler que jusqu'en 1948 ces deux États ne faisaient qu'un, d'où une population coréenne de souche qui n'est plus véritablement liée ni au Nord ni au Sud. Déjà en l'an 37 av. JC dans le royaume de Goguryeo, les frontières du royaume de Corée dépassaient allègrement l'actuelle frontière nord-coréenne pour s'enfoncer loin dans les terres (de nos jours la Mandchourie). Depuis la préhistoire le nord-est de l'Asie est peuplée par des tribus de souches mongoloïdes, d'où les extrêmes ressemblances physiques entres les populations locales de Manchourie ou de Sibérie avec le peuple coréen : yeux en amandes, joues hautes, peau miel ... Mais cela est une autre histoire.

Goguryeo (-37 - 668)

   Assez souvent l'on retrouve une tendance commune à tout ces flux migratoires vers l'extérieur : l'annexion japonaise. Dès 1905, ça commence à sentir le roussi dans le pays et les paysans pauvres comme la petite bourgeoisie se délocalise vers des terres fertiles comme la Sibérie ou la province du Yucatán au Mexique. L'empire japonais s'installant, auquel suit la guerre de Corée et la période de relance économique jusqu'aux années 1960's, les coréens déracinés hésitent à rentrer chez eux : l'or est ailleurs, et c'est à coup de persévérances physiques pour les premières générations agriculteurs/mineurs et de diplômes et de postes gouvernementaux pour les dernières que leur sésame se mérite. Mais la situation économique de la Corée étant devenue meilleure ces dernières décennies, l'on pourrait se demander : pourquoi ne rentrent-ils pas chez eux ?

   Des retours massifs au pays ont eu lieux après la démilitarisation de la Corée du Sud par les Américains, avec le retour d'une bonne partie des travailleurs forcés enrôlés au Japon. Mais comme dit précédemment, les différentes crises que traversa la Corée, politiques comme économiques, empêchèrent la majorité d'entre eux à revenir sur leur terre natale. La séparation de la péninsule en deux zone dès 1945 puis en deux Etats en 1948 flouta la notion de "pays d'origine" : les immigrés nés dans le royaume de Joseon (1392 - 1897) se retrouvent d'un coup ou coréen du Sud ou coréen du Nord, à l'image des coréens des îles Sakhalines, coincés dans leurs île sibériennes dès 1946 à cause de l'opposition politique soviétique de s'allier avec la Corée du Sud (mais avec le refus des nord-coréens de revenir sous la chaumière de Kim Il-sung). Le temps faisant, les minorités s'installent, quittent à s'intégrer parfaitement dans le paysage local comme au Mexique où les Aenninkkengs (애니깽, du nom des champs de sisal, les henequens, où les fermiers coréens travaillaient) se mélangent depuis bientôt 100 ans avec la population locale au point qu'une rare partie d'entre eux puisse parler coréen, ou les coréens d’Asie centrale, les koryo-saram, arrivés par déportation soviétique dans les steppes. La Corée du Nord  tenta tant bien que mal de rameuter ses brebis égarées dans ses filets, mais les quelques candidats au retour volontaire payèrent souvent assez cher de leur peau cette foi aveugle au communisme nord-coréen (le livre Les Aquarium de Pyongyang explique parfaitement la descente aux enfers d'une famille coréenne émigrée au Japon de retour en Corée du Nord, après avoir entendu les chants de sirène du pays natal devenu goulag).
   Étonnamment, de plus en plus de réfugiées nord-coréen s'installent définitivement en dehors de la péninsule coréenne, tel que le rescapé du camp 14, Shin Dong-kyuk, installé aujourd'hui aux États-Unis, en butte avec une société sud-coréenne inadaptée à ses frères du nord. Aujourd'hui, il ne reste plus guère que les chanteurs et les acteurs d'origine coréenne, à l'instar de Daniel Henney, au physique trop "asiatique" pour Hollywood pour vouloir volontairement s'exporter en Corée du Sud.

   Mais dans maints endroits, où les coréens représentent une minorité nouvellement installée, comme aux États-Unis, au Canada ou en Europe, la coalition minoritaire prend le pas sur l'intégration nationale. Les grandes villes de la côte est des Amériques (du Nord comme du Sud) comptent chacune leur Koreatown, un quartier proche du modèle des Chinatowns, où la même population se retrouve au sein d'écoles, de restaurants, d'échoppes, d'évènements qui fleurent bon le parfum de Séoul. Avec l'entraide des habitants, les coréens de l'étranger peuvent manger, prier, réparer leur voiture, étudier coréens tout en vivant dans un tout autre pays que le leur. Et c'est cette non-implication dans la politique du pays d'accueil qui en fait une minorité stable et discrète, loin derrière les autres minorités asiatiques plus présentes. Avec l'éloignement du pays natal, les traces subsistantes du pays sont en général ancrées dans la culture traditionnelle ; c'est le résultat d'une transmission familiale à une époque où la K-pop n'existait pas et l'Arirang figurait comme chant national premier.

Extrait du film Henequen (1996)

   Il est impossible de comparer tous les coréens de chaque pays, la situation d'un adopté coréen de France ne sera pas la même que son homologue homme d'affaire aux Émirats Arabes Unis ou la famille de classe moyenne installée dans la banlieue de New-York depuis les années 1980. Mais pour les coréens eux-mêmes, aussi bien du Sud comme du Nord, il ne fait aucun doute : il y a la nationalité sur papier et le peuple que l'on a dans le cœur. Des décennies d'expatriation n'empêcheront pas une population de se considérer comme différente de sa population d'accueil. Depuis la déportation de main d’œuvre vers le Japon, les coréens du Japon (les zainichi) restent fidèles à leurs origines. Quitte à subir de plein fouet le ressentiment anti-coréen, les relents de l'Histoire mal pardonnée et regarder de loin un pays qui a changé bien différemment qu'il aurait du évoluer depuis 1945.
 
Article rédigé par Sarah

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