jeudi 1 janvier 2015

Interview : Dans le monde de l'artiste Woodolls




Aujourd'hui, Un Goût de Corée s'est rendu dans l'atelier féerique de Woodolls !


crédit : Tigresse Photography



    Pour commencer, un petit point d'histoire. Connaissez-vous les Ball Jointed Dolls? Ce sont ces poupées articulées inspirées des poupées françaises de 1856 et développées au Japon. Elles sont de nos jours très connues que ce soit en Corée du Sud, au Japon, en Chine ou encore en Russie. Les marques les plus connues en Corée du Sud sont Pullip, Elfdoll, Soul Doll et Custom House (cette dernière a notamment été utilisée dans le film d'horreur "Doll Master").

     Mais revenons à nos moutons, aujourd'hui nous allons vous présenter Ludivine, jeune femme de 28 ans, créatrice de poupées articulées. Dans son univers féerique et chimérique qui lui est propre, Un Goût de Corée s'est rendu dans son atelier pour une interview. Elle nous y raconte la naissance de sa passion, nous fait partager ses créations ainsi que ses désirs pour le futur.

     Plongez avec nous dans ce petit bout de monde. Vous verrez, vous serez transportés hors des limites du temps comme nous l'avons été.



Un Goût de Corée : Bonjour Ludivine. Nous te rencontrons au cœur de ton atelier où chacune de tes poupées prennent vie avec amour. Pour commencer, peux-tu nous raconter d'où vient ton nom de créatrice (ndrl Woodolls) ?

    Ludivine : C'est mon ex-conjoint qui l'a inventé. C'est un mélange entre "voodoo" (vaudou en anglais) et "doll". A la base, je pensais créer une marque de vêtement. J'avais commencé à dessiner toute une collection... Puis j'ai découvert les Ball Jointed Dolls, ce fût un coup de foudre pour cet art! C'est à ce moment là que Woodolls a pris réellement tout son sens.




UGdC : Comme toute créatrice, tu as un parcours qui est propre à toi. Peux-tu nous en dire plus ?

    L : Je suis couturière doublement diplômée. J'ai tout d'abord fait un BEP puis un Bac métier de la mode que j'ai réussi haut la main (rires). Ma spécialité principale était le cuir, mais j'ai aussi travaillé les robes de mariées en tant que retoucheuse ainsi que des notions en corseterie. Je suis aussi fille d'artiste-peintre. Je sais restaurer des meubles, je maîtrise l'aquarelle, le lavis, le pointillisme, je fais du scrapbooking, des bijoux fantaisies, du tricot, du moulage, etc, etc. Et pour la nouvelle année, j'aimerais tenter la sculpture fixe. 



UGdC : On peut dire que c'est vraiment un parcours intéressant, tu es une personne touche-à-tout au final! Mais revenons à tes poupées, depuis quand as-tu cette passion ?

    L : Cela va faire 5 ans déjà. La première poupée que j'ai acheté était coréenne. Dès que je l'ai reçu, j'ai coupé les élastiques qui tenaient les membres pour voir comment elle était faite à l'intérieur (rires).


UGdC : Pauvre poupée (rires). Mais quand as-tu commencé sérieusement tes créations ?

    L : Il y a 4 ans environ. Je customisais déjà des poupées en porcelaine mais je n'avais jamais modelé. J'ai voulu tenter et j'ai commencé par un petit œuf lapin d'une dizaine de centimètre qui m'a pris entre 1 et 2 semaines de travail. Ce fût la révélation! Ensuite j'ai tenté une doll complète, il m'a fallu quasiment 2 ans pour la faire ainsi que pas mal de recherches dans des livres d'anatomie et surtout beaucoup de patience pour en finir une digne d'être moulée en résine.  





UGdC : C'est vrai qu'il faut vraiment avoir de la patience et de l'envie, mais dans le fond, au vu de tes créations ça en vaut vraiment le coup. D'ailleurs, en y regardant de plus près, on voit que tes poupées ont des vêtements très mignons et certaines sont maquillées. Est-ce toi qui fait tous les patrons et les moules ?

    L : Etant couturière et maquilleuse de dolls, en effet je fais tout de A à Z. Mais une partie de la production passe par la Chine. Les produits étant toxiques (silicone et résine) et très difficiles à manipuler, je ne peux pas me permettre de les mouler chez moi.


UGdC : Est-ce que tu peux nous raconter la création d'une Doll de A à Z justement ?

    L : Oula! C'est assez compliqué (rires). On commence par une base en Plastiroc ou en LaDoll. Récemment j'ai aussi utilisé de la Super Sculpey. Des mois à m'acharner dessus, à poncer, à rajouter, à tâtonner... Et enfin le surfaçage une fois la pièce finie. C'est une couche de peinture extra-fine qui permet d'avoir une surface parfaitement lisse. 
      Ensuite vient l'étape du moulage. On coule de la résine polyuréthane et on ponce les lignes de coulage. J'obtiens ainsi ce qu'on appelle un Master.
    Dans la mesure du possible je moule avant d'envoyer en Chine, ce qui m'évite de perdre mon prototype. Donc voilà, le Master fini, je donne le relais à Jpopdolls (US) et à l'usine en Chine.
       L'usine moule le prototype ou remoule le Master. Les premiers exemplaires arrivent, je les maquille, je les habille et je prends un tas de photos. C'est seulement ensuite que commencent les pré-order (précommandes). Elles durent environ 1 mois. Les poupées n'arrivent chez leur propriétaire que 3 mois plus tard, sans maquillage ou avec seulement un maquillage facial.   




UGdC : Tout ce processus doit vraiment te prendre du temps! C'est un travail de fourmi quand on y pense. Comment fais-tu pour jongler entre tes créations et ta vie de tous les jours ?

    L : Je fais passer les besoins de mon fils avant tout, normal j'ai envie de dire. Après, pendant quelques temps j'ai amputé ma vie sociale. Je ne voyais personne et restais concentrée sur mon travail... Mais j'ai fini par comprendre que cela ne me faisait pas avancer plus vite et que je me rendais malheureuse. Du coup je bosse quand je peux, je fais au mieux et je vis l'instant comme il vient.


UGdC : En effet c'est une belle philosophie. Maintenant parlons un peu de ton monde. Tes créations sont à la fois uniques, magiques mais aussi parfois inquiétantes. Chaque artiste créé son univers, façonne un monde à lui. Peux-tu nous décrire le tien ?

    L : Je travaille sur la boîte de Pandore. Mes deux premiers prototypes incarnent les différents maux, à chaque version un nouveau mal. Par exemple, la première s'appelle "Espoir" qui s'apparente à l'espérance de Pandore. Il y a aussi "Disette", "Maladie", "Misère" et "Passion". La petite dernière, Susie-Dolly, est différente. Elle est inspirée du visage de mon fils. J'ai choisi de ne pas y mettre de sens plus profond. En gros, je m'accomplis à travers sa ligne sans me torturer l'esprit.      






UGdC : Et donc parmi toutes les créations que tu as faites de tes mains, laquelle est ta préférée ? On ne le dira pas aux autres promis (rires).

    L : Je dirais mon Espoir de guerre, avec ses perles et ses tatouages. C'est la plus technique. J'ai dessiné ses tatouages de façon symétrique grâce au pointillisme et sa parure en chaîne m'a pris un temps fou! (rires). En fait, c'est celle sur qui j'ai passé le plus de temps et c'est la dernière que j'ai fini.





UGdC : Elle est vraiment magnifique! Mais comme toute personne, tu dois avoir des artistes que tu admires que ce soit par leur talent, leur travail ou peut-être même qui t'inspirent aussi. Peux-tu nous en citer quelques-uns ?

    L : Il y en a tellement! Je dirais Lillycat, les Dust of Dolls, Enchanted Dolls, la Compagnie des Radis, Anasthasia More, entre autre. Il y a aussi Misterminou,  le tandem Asella Ehowinn, la Grande Marmitesue, Lime de tarte au citron, Zun, et j'en oublie sûrement encore!



UGdC : Merci beaucoup pour cette interview. Avant de vous quitter, un petit mot pour la fin ?

    L : Je crois qu'il faut aller jusqu'au bout de ses rêves et s'accrocher, que tout demande toujours un effort à fournir et que l'on reconnait un artiste à sa faculté de se relever de ses échecs et de continuer. Je n'ai pas encore réussi mais la route ne fait que commencer.


L'équipe d'Un Goût de Corée remercie chaleureusement Ludivine alias Woodolls de nous avoir accueillies dans son univers un bref instant.


Envie d'en savoir plus ?

    Voici les liens vers son Facebook, son site et sa page de vente sur Jpopdolls (actuellement aucune poupée en vente) !


Petite gallerie
















Article rédigé par Seolim et par Chu Ageha



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