Retour sur nos découvertes au 13ème Festival du Film Coréen de Paris

Nous pourrions dire que les regards se sont braqués à l'international sur le cinéma coréen en 2004, lorsque Quentin Tarantino, président du jury du Festival de Cannes cette année-là, s'enthousiasme pour Old Boy qui perturbe les règles classiques du 7ème art et fait découvrir la colère noire du cinéma sud-coréen. C'est à partir de là que les cinéphiles français (et même un peu d'ailleurs) vont commencer à s'interroger, se passionner pour les productions du pays du matin calme.
A peine un an après, le cinéma coréen a son festival à Paris. Cette année, le Festival du film coréen de Paris a fêté sa 13ème édition. C'est un peu l'événement attendu par les fans français du cinéma coréen afin de découvrir sur grand écran les succès de l'année écoulée, rencontrer les réalisateurs et parfois même profiter d'un film en avant première avant sa sortie dans les salles françaises.
Au vu de la programmation plus qu'alléchante de cette édition 2018, nous ne pouvions qu'aller dans les salles obscures du Publicis Cinéma nous rendre compte de ce qui a attiré les spectateurs sud-coréens ces derniers temps. Focus sur les sept films que nous avons pu voir au cours du festival.


Trailer du 13ème Festival du film coréen de Paris



MONSTRUM




J'avoue avoir été voir Monstrum en me disant que ça allait être une sorte de bête du Gévaudan  à la sauce coréenne car je ne m'étais concentrée que sur la classification "film de monstre d'époque". 
L'histoire se déroule à l'époque Joseon. Elle est librement inspirée d'un fait relaté dans Les Annales de la dynastie Joseon (registres consignant après la mort d'un roi sa vie et ses actions) mentionnant une bête non identifiée qui aurait fréquenté le palais royal au côté du roi Jung-jong, en 1527.  La première partie du film mélange histoire de monstre et conflits de pouvoir, tant et si bien que l'on finit par croire qu'il s'agit d'une invention des opposants au roi pour prendre sa place. Les films sud-coréens nous ayant habitué aux complots en tous genres... La réelle présence de ce monstre pose donc des questions mais il finit par se montrer réellement et perturber ceux qui l'utilisaient pour parvenir à leurs fins.  L'apparition de la bête donne lieu à quelques frissons et l'histoire de sa mutation rappelle certaines théories d'apparition de zombies (la bêtise humaine, virus...). Les décors et les scènes d'action du film sont soignés mais l'intrigue reste sans surprise à tel point que la non mort du héros du film, plus que spectaculaire, surprend à peine. 
Monstrum est un film à voir car il s'agit du premier film de monstres à l'époque Joseon, c'est un bon divertissement mais il ne faut pas s'attendre à être transcendé par l'histoire.

Petit + : Le monstre n'est pas sans rappeler Haechi dont nous vous avions déjà parlé dans un article.



GONJIAM : HAUNTED ASYLUM



Gonjiam c'est le teen movie d'Halloween par excellence. Centré sur l'hôpital psychiatrique abandonné dont il porte le nom, classé comme l'un des 7 lieux les plus étranges de notre planète par CNN Travel, le film utilise tous les clichés du film d'horreur : problèmes de réseau, bruit étrange de la balle de ping-pong, le groupe de jeunes avec la bimbo venue en talons, les messages qui se modifient, les objets qui changent de place, la scène dans la salle de bain...
Reprenant le principe de la caméra subjective et du Found footage de Projet Blair WitchGonjiam le met à l'heure de la technologie adulée par les sud-coréens (Go Pro, caméra stationnaire, drone...) et de la course aux vues des émissions web (ce qui rappelle Grave Encounters).
Ce qui devait être d'abord une mise en scène par l'équipe de la web série "Horror Time" tourne au cauchemar et réussi à nous faire sursauter. Vous l'aurez compris, le film n'est pas un chef d'oeuvre et il est loin de réinventer le genre mais il ne sombre pas dans le pastiche et se révèle un bon moyen de jouer à se faire peur.

Petit + : 
La liste des 7 endroits les plus étranges de la planète au cas où vous souhaitiez tourner un film d'horreur en caméra subjective ! 👻


THE GREAT BATTLE






Avec The Great Battle, nous entrons dans les grands succès sud-coréens de 2018. Sorti en septembre, il a fait 1 millions d'entrées en 4 jours pour culminer à plus de 5 millions en fin d'exploitation en salles. Le Festival du Film Coréen de Paris l'a donc évidemment placé en tant que film d'ouverture et aconvié son réalisateur et son producteur à une série de questions/réponses avec le public (une séance sur le même modèle a été proposée une seconde fois deux jours plus tard pour ceux qui n'ont pas pu profiter de l'ouverture). 


Ce qui marque d'emblée, c'est le côté grande fresque historique autour d'une bataille digne de celle du gouffre de Helm dans Le Seigneur des Anneaux. D'ailleurs les premières questions du public portent sur le nombre de figurants assez impressionnant. 
The Great Battle relate le siège de la Forteresse Ansi par 500 000 hommes de la dynastie Tang (Chine) et la résistance d'irréductible gaulois....euh coréens du royaume de Goguryeo menés par le général Yang Man-chun, en 645.


Un film de 2h15 sur une bataille ça peut faire peur mais ce serait sans connaître la dextérité des sud-coréens pour les films de ce genre, déjà vue avec The Admiral : Roaring Currents. Nous retrouvons le chef charismatique et réfléchi proche de son peuple, les réflexions stratégiques, la tribu loyale prête à se sacrifier et bien sûr les scènes spectaculaires de combat, filmées ici en slow motion pour rajouter à l'intensité et la violence des combats. Bref, 2h15 sans le moindre ennui happé par les événements qui se succèdent. 
Jo In-seong surtout populaire récemment pour ses rôles dans les séries télévisées romantiques comme That Winter, the Wind Blows ou It's okay, that's love livre une performance d'acteur extrêmement convaincante dans le rôle de Yang Man-chu. 
Le film mêle habilement humour avec le duo comique digne de Gimli et Legolas et romance avec le jeune couple qui meurt au combat.
Même si les événements historiques ont été romancés, The Great Battle n'en reste pas moins un film de guerre épique, joliment filmé avec un budget de 20 millions de dollars (ce qui reste raisonnable comparé à certaines fresques hollywoodiennes) qui saura vous tenir en haleine.

Petit + : Le temple bouddhiste de Fayuan, plus ancien temple de Pékin, a été construit par l'empereur Taizong en l'honneur des 2000 soldats chinois morts durant cette bataille.



BELIEVER




Avec Believer, autre grand succès de 2018, nous sortons des films historiques pour un autre genre qu'affectionnent les sud-coréens, le film policier.
Il s'agit d'un remake du film Hong-kongais Drug War (2012) où un inspecteur, Won-ho, est déterminé a arrêter le chef du cartel de la drogue un certain Mr Lee. Problème, personne ne connaît son visage et sa vraie identité, même pas ses collaborateurs. Certains ayant soif de succès se font même passer pour lui. Difficile de démêler le vrai du faux... Won-ho voit ses espoirs de capture renaître avec la soif de vengeance de Rak, jeune travaillant pour Mr Lee qui a survécu à l'incendie d'un entrepôt dans lequel sa mère est décédée et son chien a été gravement blessé.
Believer nous offre une enquête sous haute tension, pleine de rebondissements et de mises en scène notamment avec la rencontre de deux grands vilains déjantés comme on les aime, Ha-rim et plus tard Brian. Le final sur la rencontre entre Won-ho et Mr Lee (ou retrouvaille en connaissance de sa vraie identité) qui se tiennent face à face à boire le thé, pistolets sur la table, est digne d'un western. Won-ho demande à Mr Lee s'il a déjà été heureux dans sa vie et la caméra se détourne sur le paysage, accompagnée d'un coup de feu, nous laissant pensifs sur le mort à l'issue de ce duel. Nous en venons à espérer que ce soit Mr Lee pour qu'il puisse être délivré de son passé, mais qu'en est-il vraiment ? A chacun sa théorie !

Petit + : C'est le dernier film de Kim Joo-hyuk (Ha-rim) décédé dans un accident de voiture en 2017.






1987 : WHEN THE DAY COMES



1987 : When the day comes c'est  LE film historique du 13ème Festival du film coréen. Un coup de coeur pour beaucoup qui a reçu le "prix du public" et du jury Sens Critique.
Nous partons cette fois dans un passé récent autour des manifestations pour la démocratie en 1987, période clé de l'histoire contemporaine de la Corée du Sud. Un choix de film peu anodin trente ans après les événements et la destitution en 2017 de la présidente Park Geun-hye pour corruption et abus de pouvoir.
L'histoire débute par la mort de Park Jong-chul, un étudiant arrêté et torturé par la police anti-communistes. Les autorités ont essayé d'étouffer sa mort et de la faire passer pour un accident, une crise cardiaque à 22 ans... Mais un procureur va refuser de signer une autorisation de crémation sans autopsie, ce qui va attirer les regards. Dehors le peuple sud-coréen dénonce de plus en plus la dictature de Chun Doo-hwan. Le film montre bien que le changement vers la démocratie n'est pas le fait d'un héros et ne reste pas centré sur le procureur. L'action combinée de plusieurs personnes qui en ont assez (journaliste, gardien de police, étudiant, prêtre...) et qui refusent de subir plus la répression va conduire au soulèvement final. Une série de portraits nous montre ce collectif. Cela peut perdre certains spectateurs et les mener à ne plus savoir qui est qui, mais au final peu importe l'identité de chacun puisque le héros est le peuple en général pour le réalisateur. 
Bien qu'il s'agisse d'une fiction, de nombreux éléments sont tirés de faits réels. La mort de l'étudiant sous la torture et celle de celui de l'Université de Yonsei, Lee Han-yeol, lors de la manifestation ont bien eu lieu. C'est donc un bon moyen d'en découvrir un peu plus sur l'histoire de la Corée du  Sud. 
1987: When the day comes fait partie de ces films qui peuvent rendre fier un peuple et réveiller les élans patriotiques. Le film a plongé les spectateurs de la salle du Publicis dans un état d'émotion et de réflexion palpable... Applaudissements et un public qui a du mal à quitter son siège,  scotché par ce qu'il a vu.

Petit + : Une fiction proche de la réalité (photo d'époque et séquence du film). Vous pouvez trouver des comparaisons entre photographies d'époques et actuelles dans notre article sur la transformation de Séoul également. 











Photos provenant du site Korea Bridge


ALONG WITH GODS : THE TWO WORLDS



Second plus gros succès de tous les temps au box-office sud-coréen, Along With Gods est l'adaptation d'un webtoon de Joo Ho-min, Singwa Hangge, qui s'annonce en 4 volets.
Appartenant au genre fantaisie, le film nous plonge dans l'au-delà. Après son décès suite au sauvetage d'une personne, le pompier Kim Ja-hong voit surgir 3 anges de la mort. Ils sont là pour l'accompagner dans les 7 procès autour de pêchés où sa manière de vivre va être analysée. S'il est acquitté à tous les procès avant 49 jours, Ja-hong gagnera le droit d'être réincarné. 
Along With Gods est un pur film d'action made in South Korea avec ce qu'il faut d'humour et de sentiments.  Le final tire les larmes des yeux et met en lumière la noirceur qui peut se cacher dans tout être humain, même dans celui qui paraît être un modèle de vertu.  L'essentiel selon le dernier procès est de savoir reconnaître son erreur et faire le nécessaire pour se racheter de son vivant.  Nul doute que vous réfléchirez aussi à votre vie durant les 7 procès.
En bref, si vous êtes à la recherche d'un bon divertissement pour voyager dans l'au-delà et la mythologie qui l'entoure, ce film saura vous ravir.

Petit + : Pour découvrir le webtoon en anglais c'est par ici.

THE SPY GONE NORTH



Le film d'espionnage The Spy Gone North a été diffusé en avant-première au Festival du film coréen de Paris. Ce film programmé début novembre dans les salles françaises avait déjà bénéficié d'une projection dans le cadre de la "séance de minuit" au Festival de Cannes.  
Dans les années 1990, un ancien militaire est engagé par les services secrets sud-coréens pour collecter des informations sur le programme nucléaire du Nord. Son nom de code : Black Venus. Le réalisateur, Yoon Jong-bin, est parti d'un fait réel noté dans les archives des services secrets mentionnant l'espion. 
L'histoire suit les avancées de Park Suk-young, vrai nom de l'espion, qui se fait passer pour un homme d'affaires et réussit à infiltrer un groupe de représentants de Pyongyang avec un projet de publicités tournées dans le pays. Il va même rencontrer le leader et gagner la confiance du Parti.  Arrivé au Nord, il opère en autonomie ne pouvant contacter le Sud. Petit à petit, il va découvrir qu'il n'est qu'un pion au milieu des tractations politiques entre les deux pays.
The Spy Gone North est un film impressionnant à plusieurs égards. Il nous rappelle Joint Security Area pour l'amitié qui naît entre Park Suk-young et un dignitaire nord-coréen espérant beaucoup du projet commercial pour libérer son pays de la misère et la pauvreté. Le réalisateur tord le cou au manichéisme ambiant souvent présent dans les représentations de conflits.
Le film fait également se poser énormément de questions sur nos sociétés lorsque l'on voit toutes les manipulations opérées afin d'influencer les élections sud-coréennes et notamment empêcher Kim Dae-Jung de devenir président. Sa politique de rayon du soleil en faveur d'un rapprochement des deux Corées fait peur aux services secrets sud-coréens qui craignent un affaiblissement de leur fonction et de leur pouvoir. Nous sommes donc face à un entretien du conflit pour son profit personnel. Les messages de fin de film sont assez incroyables également puisque Park Suk-young n'a été appréhendé et jugé qu'au retour des conservateurs au pouvoir pour avoir désobéi, des années plus tôt,  aux ordres....
L'interprétation de Hwang Jung-min (Park Suk-Young) est elle aussi plus que notable tant il semble jouer deux personnages différents entre sa vraie identité d'espion et celle d'homme d'affaires. L'acteur a modifié son jeu, sa gestuelle et son élocution pour bien dissocier les deux facettes de la personnalité du personnage. Sa tension est également palpable tout au long du film. 
Enfin, il faut saluer la reconstitution de la Corée du Nord qui nous est proposée. Elle donne la sensation de vraiment y être, pourtant impossible de tourner là-bas aussi librement. 
The Spy Gone North a été le dernier film que j'ai pu voir au festival mais quel beau moyen de clore ! C'est vraiment un film à découvrir (courez tant qu'il est encore dans quelques salles) même si vous risquez de voir des complots partout après...

Petit  + : Découvrez la bande-annonce ci-dessous !



Vi

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